Se rémunérer en intérêts via son compte courant d'associé

Temps de lecture : 6 min
L'article en bref
  • Le compte courant d'associé : il représente les sommes prêtées par un associé à sa société, inscrites au passif du bilan.
  • Le taux plafond de déductibilité des intérêts : il s'établit à 4,55 % pour les exercices clos au 31 décembre 2025.
  • Les intérêts de compte courant imposés au PFU : le taux de 31,4 % s'applique par défaut depuis 2026, sans abattement de 40 %.
  • Les intérêts de compte courant ne supportent aucune charge sociale : c'est un avantage majeur face à la rémunération classique.
  • L-Expert-Comptable.com conseille les dirigeants : un expert dédié calcule le meilleur arbitrage entre intérêts et rémunération.
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Guillaume DELEMARLE

Expert-comptable chez L-Expert-Comptable.com
Article mis à jour
Sommaire

Intérêts sur compte courant d'associé : un levier de rémunération à connaître en 2026

Les associés et dirigeants se rémunèrent classiquement par dividendes ou par rémunération. Ils peuvent aussi, s'ils disposent de fonds à prêter à leur société, percevoir des intérêts sur leur compte courant d'associé. Ces revenus présentent un avantage notable : leur montant est fixé à l'avance et ne dépend pas des résultats de l'entreprise. Fiscalement, la flat tax à 31,4 % renforce l'attractivité de cette stratégie pour les contribuables fortement imposés.

Lors de la création de votre entreprise en ligne, planifier votre stratégie de rémunération dès le départ permet d'éviter des arbitrages coûteux par la suite.

Qu'est-ce qu'un compte courant d'associé ?

Pour faire face à des besoins de trésorerie, les associés ou les dirigeants peuvent consentir des avances et des prêts à leur société. L'entreprise devient alors débitrice des sommes allouées, qui figurent au passif du bilan au poste compte courant d'associés.

Le compte courant d'associé peut être alimenté par les personnes suivantes :

  • Les associés détenant au moins 5 % du capital social dans les SA, SARL ou SAS
  • Les gérants, administrateurs, membres du directoire ou du conseil de surveillance
  • Le personnel, dans la limite de 10 % des capitaux propres
  • Les présidents et directeurs généraux de SAS, s'ils sont associés

À quoi correspondent les intérêts versés aux dirigeants et associés ?

Les montants inscrits en compte courant peuvent provenir de sommes versées volontairement ou de montants auxquels les associés ou dirigeants renoncent temporairement (rémunération non prélevée, dividendes laissés à disposition, remboursements de frais…).

Si les prêts sans intérêt sont possibles, le compte courant peut être rémunéré par le versement d'intérêts par la société. Ces intérêts constituent des revenus pour leur bénéficiaire et doivent être imposés en conséquence.

Comment fonctionne le versement d'intérêts ?

Les modalités de fonctionnement du compte courant (rémunération, remboursement) peuvent être fixées dans les statuts ou dans une convention de compte courant spécifique. Parmi ces modalités figure le versement d'intérêts, fixes ou variables, dont le taux est librement fixé par les parties, dans la limite du plafond fiscal de déductibilité.

Les parties peuvent modifier les modalités du compte courant à tout moment. Il est recommandé de formaliser toute convention par écrit et de l'actualiser chaque année pour sécuriser la déductibilité des intérêts.

Comment sont comptabilisés les intérêts ?

Les sommes versées par un associé sur un compte courant se comptabilisent ainsi :

  • On débite le compte 512 "Banque"
  • On crédite le compte 4551 "Associé — Compte courant"

Lorsque des intérêts sont versés, il faut débiter le compte 6615 "Intérêts des comptes courants et des dépôts créditeurs" et créditer le compte 4558 "Associés — Intérêts courus".

Les intérêts sont-ils déductibles au niveau de la société ?

Les intérêts versés aux associés sont déductibles du résultat fiscal de la société si les conditions suivantes sont réunies :

  • Leur versement peut être justifié et entre dans l'intérêt de l'entreprise
  • Le capital social est entièrement libéré (condition sine qua non)
  • Le taux pratiqué ne dépasse pas le taux effectif moyen (TEM) des prêts à taux variable aux entreprises d'une durée initiale supérieure à 2 ans, publié trimestriellement par la Banque de France

Ce plafond est calculé chaque trimestre. Pour les exercices clos au 31 décembre 2025 (coïncidant avec l'année civile), le taux maximal de déduction s'établit à 4,55 % (moyenne des quatre taux trimestriels 2025 : 4,92 %, 4,60 %, 4,36 % et 4,30 %).

Date de clôture de l'exerciceTaux maximal d'intérêts déductibles
Exercice clos au 31 décembre 20254,55 %
Exercice clos du 31/12/2025 au 30/01/20264,55 %
Exercice clos du 31/01/2026 au 27/02/20264,49 %
Exercice clos du 28/02/2026 au 30/03/20264,44 %
Exercice clos à partir du 31/03/2026À publier (T1 2026 non encore connu)

La fraction excédentaire des intérêts, c'est-à-dire la part dépassant le plafond, n'est pas déductible et doit être réintégrée dans le résultat fiscal (ligne WQ du tableau 2058-A de la liasse fiscale). Si le capital n'est pas intégralement libéré, la totalité des intérêts est non déductible.

Comment sont imposés les intérêts au niveau des associés ?

Les intérêts versés aux associés personnes physiques constituent des revenus de capitaux mobiliers. Ils sont imposés, au choix :

  • Au prélèvement forfaitaire unique (PFU) à 31,4 % depuis le 1er janvier 2026, comprenant 12,8 % d'IR et 18,6 % de prélèvements sociaux — c'est le régime par défaut
  • Au barème progressif de l'impôt sur le revenu, sur option. Sans abattement de 40 % (contrairement aux dividendes), mais avec déductibilité partielle de la CSG (6,8 %)

Sans flat tax, les intérêts sont imposés au barème progressif, sans abattement. Pour un contribuable au taux marginal de 45 %, en ajoutant les prélèvements sociaux de 18,6 %, le taux d'imposition total peut atteindre 63,6 %. C'est précisément pour cette catégorie de dirigeants que la flat tax à 31,4 % représente un gain fiscal considérable.

Contrairement aux dividendes, les intérêts de compte courant ne bénéficient pas de l'abattement de 40 % en cas d'option pour le barème progressif. Pour les contribuables fortement imposés, la flat tax est donc presque systématiquement plus avantageuse sur les intérêts que sur les dividendes.

Flat tax à 31,4 % : pourquoi les intérêts deviennent très attractifs

L'impact de la flat tax est plus spectaculaire sur les intérêts que sur les dividendes. Les dividendes bénéficiaient déjà d'un abattement de 40 % au barème progressif, ce qui atténuait mécaniquement leur imposition. Les intérêts, eux, n'en bénéficient pas : leur imposition passait donc de 63,6 % (au taux marginal maximum) à 31,4 % avec le PFU, soit une réduction de près de moitié.

Cette asymétrie fait des intérêts sur compte courant un levier de rémunération particulièrement efficace pour les dirigeants soumis aux tranches marginales les plus élevées (41 % ou 45 %).

Intérêts ou rémunération : l'écart concret en 2026 sur 25 000 €

Pour illustrer l'enjeu, voici un exemple chiffré actualisé : un président de SAS a versé 500 000 € en compte courant et applique un taux d'intérêt de 4,55 % (taux correspondant au plafond de déductibilité pour les exercices clos au 31/12/2025), soit 22 750 € d'intérêts annuels. Son taux marginal d'imposition est de 41 %. Le taux réduit d'IS à 15 % s'applique en totalité (PME éligible).

Les intérêts étant dans ce cas exactement au niveau du plafond de déductibilité, ils sont intégralement déductibles. Comparons avec le versement d'une rémunération équivalente, pour un disponible brut de 22 750 € :

 IntérêtsRémunération
Montant disponible (résultat ou superbrut)22 750 €22 750 €
Intérêts versés / Rémunération brute22 750 €12 639 € (brut)
Intérêts déductibles22 750 € (100 %)n/a
IS résiduel (15 % sur 0 €)0 €0 €
Charges sociales0 €10 111 €
Flat tax / IR (TMI 41 %)22 750 × 31,4 % = 7 143 €2 528 × 41 % = 1 037 €
Disponible net15 607 €7 973 €

Dans cet exemple, le versement d'intérêts permet de dégager un net disponible presque deux fois supérieur à celui d'une rémunération classique, à budget équivalent pour la société. L'écart s'explique par l'absence de charges sociales sur les intérêts et par la flat tax, nettement plus avantageuse que le barème progressif pour ce niveau d'imposition.

Le versement d'intérêts ne génère aucune cotisation à la retraite. Pour les dirigeants qui y recourent massivement, prévoir en parallèle un plan d'épargne retraite (PER) ou un contrat Madelin permet de compenser ce manque de couverture sociale.

Pour simuler votre propre situation selon votre taux d'imposition et le montant de votre compte courant, notre simulateur de versement de dividendes vous donne une base de calcul utile. Un expert-comptable pourra affiner l'arbitrage en tenant compte de votre situation personnelle.

Questions courantes sur la rémunération en intérêts de compte courant

Qui peut alimenter un compte courant d'associé ?

Les associés détenant au moins 5 % du capital (dans les SA, SARL et SAS), les gérants, administrateurs, membres du directoire ou du conseil de surveillance, ainsi que le personnel de la société dans la limite de 10 % des capitaux propres. Les présidents et directeurs généraux de SAS peuvent également en bénéficier s'ils sont associés.

Quel est le taux maximal d'intérêts déductibles en 2026 ?

Pour les exercices coïncidant avec l'année civile et clos au 31 décembre 2025, le taux plafond s'établit à 4,55 %. Ce taux est calculé chaque trimestre à partir des taux effectifs moyens des établissements de crédit publiés par la Banque de France. Les exercices clos en cours d'année appliquent un taux pondéré trimestriel.

Que se passe-t-il si les intérêts dépassent le plafond fiscal ?

La fraction excédentaire est réintégrée extra-comptablement dans le résultat fiscal de la société (ligne WQ du tableau 2058-A). Elle ne réduit pas la base imposable à l'IS et augmente donc l'impôt dû. Les intérêts restent néanmoins versés à l'associé et imposés normalement entre ses mains.

Peut-on fixer librement le taux d'intérêt du compte courant ?

Oui, le taux est librement fixé par les parties. Mais seule la fraction n'excédant pas le plafond fiscal (4,55 % pour les exercices clos au 31/12/2025) est déductible pour la société. Pratiquer un taux supérieur est possible, mais la partie excédentaire sera réintégrée fiscalement. En pratique, la plupart des entreprises alignent leur taux sur le plafond pour maximiser la déductibilité.

Les intérêts de compte courant sont-ils soumis à des charges sociales ?

Non. Contrairement à la rémunération, les intérêts de compte courant ne génèrent aucune cotisation sociale pour la société ni pour le bénéficiaire. C'est l'un des principaux avantages de ce mode de rémunération, en particulier pour les dirigeants assimilés salariés dont les cotisations patronales sont élevées.

Faut-il une convention écrite pour le compte courant d'associé ?

Aucune obligation légale n'impose une convention écrite, mais elle est fortement recommandée. Elle sécurise les conditions de rémunération (taux, périodicité, remboursement), facilite la justification en cas de contrôle fiscal et évite toute requalification par l'administration. Elle doit idéalement être signée avant le versement des premiers intérêts.

Peut-on cumuler intérêts de compte courant et dividendes dans la même année ?

Oui, les deux modes de rémunération sont parfaitement cumulables. Les intérêts sont déductibles du résultat de la société (réduisant ainsi la base imposable à l'IS), tandis que les dividendes sont distribués sur le bénéfice après IS. Combiner les deux peut permettre d'optimiser à la fois la charge fiscale de la société et le revenu net du dirigeant.

Sources et références

Entreprendre.service-public.fr — https://entreprendre.service-public.gouv.fr/vosdroits/F32966

Bpifrance-creation.fr — https://bpifrance-creation.fr/entrepreneur/actualites/compte-courant-dassocie-taux-dinterets-deductibles-0

Bofip.impots.gouv.fr — https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/5505-PGP.html/identifiant=BOI-BIC-CHG-50-50-30-20250827

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Guillaume DELEMARLE
Expert-comptable avec plus de 9 ans d'expérience. Spécialisé dans l'accompagnement des TPE et créateurs d'entreprise.
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