L'article en bref
- Acompte ou arrhes : la qualification change vos droits en cas d'annulation de la commande.
- L'acompte : il engage fermement les deux parties, sans rétractation possible sans dommages et intérêts.
- Les arrhes : l'acheteur qui annule les perd, le vendeur en rembourse le double.
- Sans mention au contrat : la loi présume des arrhes selon l'article L.214-1.
- Facture d'acompte : la TVA est exigible dès l'encaissement pour les prestations de services.
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Sommaire
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Je confie ma comptaQuelle différence entre un acompte et des arrhes ?

Verser une somme avant la livraison d'un bien ou l'exécution d'une prestation est courant. Mais la qualification de cette somme, acompte ou arrhes, change radicalement vos droits en cas d'annulation. Voici ce qui les distingue.
L'acompte : un engagement ferme des deux parties
L'acompte est un paiement partiel sur le prix total d'un bien ou d'un service. Il engage définitivement l'acheteur et le vendeur : la vente est conclue, et aucune des deux parties ne peut revenir en arrière sans conséquences.
Si l'acheteur change d'avis après avoir versé un acompte, le vendeur peut réclamer des dommages et intérêts, voire demander l'exécution forcée de la vente devant le tribunal. Le vendeur, de son côté, ne peut pas non plus annuler unilatéralement. L'acompte vaut engagement contractuel au sens du Code civil.
L'exécution forcée n'est pas une simple menace théorique. Le vendeur peut saisir le tribunal pour contraindre l'acheteur à honorer la commande et à payer le solde restant.
Les arrhes : une faculté de dédit pour chaque partie
Les arrhes fonctionnent différemment. Elles donnent à chaque partie une faculté de dédit, c'est-à-dire le droit de renoncer au contrat moyennant un coût défini à l'avance.
Si l'acheteur annule, il perd les arrhes versées. Si c'est le vendeur qui annule, il doit rembourser le double des arrhes au client (art. L.214-1 du Code de la consommation).
Prenons un exemple concret : vous versez 300 € d'arrhes pour réserver un service. Si vous annulez, vous perdez vos 300 €. Si le prestataire annule, il vous rembourse 600 € (le double). Les arrhes agissent comme une option : vous achetez le droit de vous rétracter.
Tableau récapitulatif arrhes vs acompte
| Critère | Acompte | Arrhes |
|---|---|---|
| Nature de l'engagement | Engagement ferme et définitif | Faculté de dédit pour chaque partie |
| Annulation par l'acheteur | Dommages et intérêts ou exécution forcée | Perte des arrhes versées |
| Annulation par le vendeur | Remboursement + dommages et intérêts possibles | Remboursement du double des arrhes |
| Remboursement possible | Non (sauf droit de rétractation à distance) | Oui, si le vendeur annule (double) |
| Présomption légale (sans mention au contrat) | Non présumé | Présumé par défaut (art. L.214-1) |
| Base légale | Code civil (art. 1103, 1590) | Code de la consommation (art. L.214-1) |
Que se passe-t-il en cas d'annulation ?
Les conséquences d'une annulation varient selon la nature de la somme versée et selon la partie qui se rétracte. Voici les scénarios possibles pour l'acheteur, le vendeur, et la question des intérêts légaux.
Annulation par l'acheteur ou le client
Avec un acompte, l'acheteur reste redevable de la totalité du prix. Le vendeur peut exiger le paiement du solde par exécution forcée ou réclamer des dommages et intérêts pour compenser le préjudice subi. L'annulation unilatérale expose l'acheteur à des poursuites judiciaires.
Avec des arrhes, la situation est plus simple : l'acheteur perd la somme versée, et le contrat est annulé sans autre conséquence. Aucune poursuite, aucun dommage supplémentaire.
Cas particulier : si le contrat a été conclu à distance (en ligne, par téléphone), le droit de rétractation de 14 jours s'applique. L'acheteur peut annuler et obtenir un remboursement intégral, même s'il a versé un acompte.
Exemple : vous commandez un meuble en ligne pour 1 200 € et versez un acompte de 240 €. Vous changez d'avis au bout de 5 jours. Grâce au droit de rétractation, vous récupérez vos 240 €.
Annulation par le vendeur ou le prestataire
Si le vendeur annule alors qu'un acompte a été versé, il doit rembourser l'intégralité de la somme perçue. L'acheteur peut aussi réclamer des dommages et intérêts pour le préjudice subi (frais engagés, perte de temps, etc.).
Si la somme versée est des arrhes, le vendeur doit restituer le double des arrhes au client (art. L.214-1 du Code de la consommation).
Exemple : un entrepreneur réserve une prestation de service à 2 000 € et verse 400 € d'arrhes. Le prestataire annule la commande. Il doit rembourser 800 € (le double de 400 €). Ce mécanisme protège le client contre les annulations abusives du professionnel.
Les intérêts légaux après 3 mois de versement
Toute somme versée d'avance, qu'il s'agisse d'un acompte, d'arrhes ou d'une avance, produit des intérêts au taux légal si elle n'est pas restituée dans un délai de 3 mois à compter du versement. Cette règle s'applique automatiquement, sans besoin de mise en demeure de la part du client.
Le taux d'intérêt légal est mis à jour chaque semestre par arrêté du ministère de l'Économie. Il s'applique de plein droit dès le premier jour suivant l'expiration du délai de 3 mois.
Cette règle des 3 mois vaut que la somme soit qualifiée d'arrhes, d'acompte ou d'avance. Elle vise à dissuader les professionnels de conserver trop longtemps des sommes qui doivent être restituées au client.
Arrhes ou acompte : que dit la loi ?

Le Code de la consommation et le Code civil encadrent précisément les sommes versées d'avance. Trois règles méritent votre attention.
La présomption légale d'arrhes (art. L.214-1 du Code de la consommation)
En l'absence de précision dans le contrat, toute somme versée d'avance par un consommateur est présumée être des arrhes. Cette présomption protège le consommateur en lui laissant la faculté de se rétracter.
Pour qu'une somme soit qualifiée d'acompte, le contrat, le devis signé ou le bon de commande doit le mentionner expressément. Sans cette mention, c'est la règle des arrhes qui s'applique, avec la possibilité pour le client de renoncer en perdant la somme versée.
Les exclusions : immobilier et produits sur-mesure
La présomption légale d'arrhes ne s'applique pas à toutes les transactions. Trois cas sont exclus :
- La vente immobilière obéit à des règles spécifiques. L'acquéreur verse une indemnité d'immobilisation et bénéficie d'un délai de rétractation SRU de 10 jours après la signature du compromis.
- Les biens fabriqués sur-mesure ou personnalisés sont exclus du droit de rétractation. Une cuisine sur-mesure commandée avec acompte ne peut pas être annulée sans conséquences.
- Les contrats entre professionnels (B2B) ne sont pas soumis au Code de la consommation. C'est le contrat qui fait loi.
En B2B, en l'absence de mention contractuelle, la somme versée d'avance est généralement considérée comme un acompte selon les usages commerciaux, et non comme des arrhes.
Le droit de rétractation de 14 jours pour les achats à distance
Pour tout contrat conclu à distance ou hors établissement (achat en ligne, commande par téléphone), le consommateur a 14 jours pour se rétracter sans motif. Ce droit s'applique même si un acompte a été versé : le remboursement est alors intégral.
Quelques exceptions existent : les prestations de services déjà exécutées avec l'accord exprès du consommateur, les biens personnalisés, ou les biens périssables. Dans ces cas, le droit de rétractation ne joue pas, et la qualification arrhes ou acompte reprend toute son importance.
Comment choisir entre arrhes et acompte selon votre situation ?
Le choix entre arrhes et acompte dépend de votre position dans la transaction et de votre besoin de flexibilité ou de sécurité.
Vous êtes client ou consommateur
Privilégiez les arrhes si vous n'êtes pas certain de maintenir votre engagement. Vous gardez la possibilité de vous rétracter en perdant uniquement la somme versée, sans risque de poursuites.
Acceptez un acompte si vous êtes sûr de votre achat et souhaitez sécuriser la disponibilité du bien ou du service. L'acompte engage aussi le vendeur, qui ne pourra pas annuler sans conséquences.
Dans tous les cas, vérifiez la mention « arrhes » ou « acompte » sur le devis ou le bon de commande avant de signer. Si rien n'est précisé, la loi présume des arrhes.
Vous êtes professionnel ou entrepreneur
L'acompte sécurise votre chiffre d'affaires. Il vous protège contre les annulations de dernière minute, car le client reste engagé sur la totalité du prix. Les arrhes laissent plus de souplesse commerciale mais vous exposent au risque du double remboursement si vous annulez.
Conseil : mentionnez explicitement « acompte » dans vos conditions générales de vente (CGV) et sur vos devis. Sans cette mention, la présomption légale d'arrhes s'applique. Le montant demandé se situe généralement entre 20 % et 50 % du prix total, selon le secteur d'activité.
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Comment émettre une facture d'acompte ?
La facturation d'un acompte suit des règles précises. Voici les mentions à respecter et la marche à suivre pour boucler le cycle de facturation.
Les mentions obligatoires sur la facture d'acompte
La facture d'acompte doit comporter les éléments suivants :
- Mention explicite « facture d'acompte »
- Numéro de facture (dans la séquence chronologique habituelle)
- Date d'émission
- Identité complète de l'émetteur et du client (nom, adresse, SIRET)
- Désignation du bien ou du service concerné
- Référence au devis ou bon de commande correspondant
- Montant HT de l'acompte
- Taux de TVA applicable
- Montant TTC
Point important : pour les prestations de services, la TVA est exigible dès l'encaissement de l'acompte. Vous devez donc la déclarer et la reverser au titre de la période d'encaissement, sans attendre la facturation du solde.
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Facture de solde et facture d'avoir : comment boucler le cycle ?
La facture de solde est émise à la livraison du bien ou à l'achèvement de la prestation. Elle reprend le montant total de la commande, déduit le ou les acomptes déjà facturés, et indique le reste à payer.
En cas d'annulation après versement d'un acompte, vous devez émettre une facture d'avoir pour annuler la facture d'acompte initiale. L'avoir porte un numéro propre et fait référence à la facture d'acompte qu'il annule.
Pour les projets longs (BTP, prestations étalées sur plusieurs mois), il est courant d'émettre plusieurs factures de situation intermédiaires. Chaque facture de situation correspond à un état d'avancement du projet et fonctionne comme un acompte successif. Si vous envisagez de créer une entreprise BTP, ce mécanisme de facturation par situation est une pratique courante à maîtriser dès le départ.
Avance, arrhes, acompte, avoir : ne confondez pas
Plusieurs termes gravitent autour des paiements anticipés. Ils n'ont pas tous la même portée juridique.
L'avance : juridiquement assimilée aux arrhes
Le terme « avance » est courant dans le langage commercial, mais il n'a pas de définition légale propre. En droit de la consommation, une somme qualifiée d'« avance » est traitée comme des arrhes par la présomption légale de l'article L.214-1.
Pour éviter toute ambiguïté, n'utilisez jamais le terme « avance » dans un contrat ou un devis. Préférez « arrhes » ou « acompte » selon l'engagement souhaité.
L'avoir : un crédit sur un prochain achat
L'avoir n'est ni un remboursement ni un paiement anticipé. C'est un bon émis par le professionnel, valable sur un futur achat. Le professionnel ne peut pas imposer un avoir à la place d'un remboursement en argent, sauf accord explicite du client.
Si vous avez droit à un remboursement (annulation par le professionnel, rétractation dans les délais légaux), vous pouvez exiger le paiement en argent. L'avoir reste une option, jamais une obligation pour le consommateur.
Cas pratiques chiffrés : arrhes vs acompte
Deux situations concrètes pour visualiser les conséquences financières selon la qualification de la somme versée.
Cas 1 - Réservation d'une prestation de services à 3 000 €
Un consultant réserve une salle de séminaire pour 3 000 € et verse 600 € (20 % du prix).
| Scénario | Arrhes (600 €) | Acompte (600 €) |
|---|---|---|
| Le client annule | Perte des 600 € | Le prestataire peut réclamer les 2 400 € restants + dommages et intérêts |
| Le prestataire annule | Remboursement de 1 200 € (double) | Remboursement de 600 € + dommages et intérêts éventuels |
Avec des arrhes, le client limite son risque à 600 €. Avec un acompte, il s'expose au paiement intégral de la prestation même s'il n'en a plus besoin.
Cas 2 - Achat d'un véhicule à 15 000 €
Un entrepreneur commande un véhicule utilitaire à 15 000 € et verse 3 000 € (20 % du prix).
Si la somme est qualifiée d'arrhes : l'entrepreneur peut renoncer en perdant 3 000 €. Si le vendeur annule, il rembourse 6 000 € (le double).
Si la somme est qualifiée d'acompte : l'entrepreneur ne peut pas renoncer sans risquer l'exécution forcée du contrat. Le vendeur peut le contraindre à payer les 12 000 € restants. Si c'est le vendeur qui annule, il rembourse les 3 000 € et s'expose à des dommages et intérêts.
La différence est nette : les arrhes plafonnent le risque financier, l'acompte l'amplifie.
Les questions fréquentes sur les arrhes et l'acompte
Est-ce que les arrhes sont remboursables ?
Cela dépend de qui annule. Si vous annulez en tant que client, vous perdez les arrhes versées. Si c'est le professionnel qui annule, il doit vous rembourser le double des arrhes (art. L.214-1 du Code de la consommation). Pour 500 € d'arrhes, vous récupérez 1 000 €.
Un acompte est-il remboursable en cas d'annulation ?
Non, en principe. L'acompte engage fermement les deux parties. Si vous annulez, le vendeur peut exiger le paiement intégral ou réclamer des dommages et intérêts. Exception : le droit de rétractation de 14 jours pour les achats à distance vous permet d'obtenir un remboursement intégral.
Quelle est la différence entre arrhes et avance ?
Juridiquement, il n'y en a pas. Le terme « avance » n'a pas de définition légale propre. En droit de la consommation, une somme qualifiée d'« avance » est traitée comme des arrhes par la présomption légale. Utilisez toujours « arrhes » ou « acompte » dans vos contrats.
Comment savoir si j'ai versé des arrhes ou un acompte ?
Vérifiez la mention sur votre devis, bon de commande ou contrat. Si aucune mention n'est précisée, la loi considère que la somme versée est des arrhes (présomption légale). Vous pouvez alors vous rétracter en perdant la somme versée.
Peut-on exiger des arrhes plutôt qu'un acompte ?
Oui, en tant que client, vous pouvez demander que la somme versée soit qualifiée d'arrhes dans le contrat. Cela vous laisse la possibilité de vous rétracter en perdant uniquement les arrhes, sans risque de poursuites. Le professionnel n'est pas obligé d'accepter.
Quel montant d'acompte ou d'arrhes peut-on demander ?
Il n'existe pas de plafond légal. En pratique, les professionnels demandent entre 20 % et 50 % du prix total. Le montant est libre et fixé d'un commun accord. En location saisonnière, il est courant de demander 25 % à 30 % du montant.
Un professionnel peut-il imposer un avoir au lieu de rembourser des arrhes ?
Non. Si les conditions de remboursement sont réunies, le consommateur a droit à un remboursement en argent. L'avoir ne peut être remis qu'avec l'accord du client. Le professionnel ne peut pas l'imposer unilatéralement.
Comment mentionner arrhes ou acompte sur une facture ?
La facture d'acompte doit porter la mention explicite « facture d'acompte » (ou « arrhes »), avec le numéro de facture, la date, les coordonnées des parties, le montant HT, le taux de TVA et le montant TTC. La TVA est exigible dès l'encaissement pour les prestations de services. Pour en savoir plus sur la déclaration de TVA, consultez notre article dédié.
Les règles sur les arrhes et acomptes s'appliquent-elles entre professionnels (B2B) ?
Non, la présomption légale d'arrhes (art. L.214-1) ne s'applique qu'aux relations entre un professionnel et un consommateur. En B2B, c'est le contrat qui fait loi. En l'absence de mention, la somme versée est considérée comme un acompte selon les usages commerciaux.
Sources & Références
Legifrance : Chapitre IV : Arrhes et acomptes (Articles L214-1 à L214-3)
DGCCRF : Acompte, arrhes, avoir
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A propos de l'auteur
Questions & réponses
Arrhes et accompte sont-ils obligatoires quand on achète un matériel ou lorsqu'on commandent des travaux ?
Bonjour,
En France, ni les arrhes ni l’acompte ne sont obligatoires de manière légale lors de l’achat d’un matériel ou la commande de travaux, mais un professionnel peut en demander.
Bien à vous.
Un acompte versé peut-il être remboursé lors d’une liquidation ?
Sachant que la liquidation a été connue deux mois avant la livraison. Le vendeur savait assurément les difficultés de l’entreprise. À savoir qu’un autre magasin a été réouvert sous une autre enseigne par les mm dirigeants. Peut on sinon essayer de négocier avec la maison mère puisqu’il s’agissait d’un franchisé.
Bonjour,
Cela dépend du type de liquidation.
Si la société a été placée en liquidation judiciaire, vous deviez déclarer votre créance auprès du mandataire judiciaire pour espérer être remboursé. À défaut, votre acompte risque de ne pas être récupérable.
En revanche, en cas de liquidation amiable, une société ne peut pas être liquidée en laissant des dettes. Vous pourriez alors envisager de vous retourner contre le dirigeant pour tenter de récupérer votre acompte.
Dans tous les cas, il est conseillé de consulter un avocat afin d’évaluer vos recours.
Bonne journée.